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Ouahigouya

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30 août 2010

Don't cry for me Ouahigouya, the truth is I never left you

Bonjour à tous, amis, famille, parrains.

Voici mon dernier rapport de mission. Je vais vous y raconter les derniers mois passés à Ouahigouya, puis le retour au pays, et enfin faire une ébauche de bilan de l’année écoulée. A l’heure où vous recevrez ces feuilles j’aurai déjà fait ma nouvelle rentrée !

« La vie n’est pas une simple succession de faits et d’expériences, même si de tels événements peuvent être utiles. Elle est une recherche de ce qui est vrai, bien et beau. » Benoît XVI aux JMJ de Sydney résume par cette phrase le sentiment général qui m’habite.

I/ Les deux derniers mois à Ouahigouya

A l’école saint Marius une fin d’année plus que particulière.

Début juin se profile la composition du troisième trimestre. Les résultats une fois de plus ne sont pas excellents. Et quand vient l’heure du calcul des moyennes annuelles il s’avère que 11 élèves sont en position de redoublement, et dans les autres classes c’est du même ordre. En fait lorsqu’un élève ne réussit pas, on estime que c’est parce qu’il n’apprend pas, on ne cherche pas d’autres causes… Je ne veux pas en tirer de conclusion hâtive mais, certes le par cœur est primordial, à condition que l’élève en saisisse le sens !

Anita et Josiane, elles, ont décroché leur Certificat d’Etude Primaire, hourra ! Reste maintenant à passer le concours d’entrée en sixième.

Augustine par contre a échoué au concours de recrutement de l’enseignement catholique. On peut trouver comme excuse que nous avions appris seulement deux semaines avant qu’il y avait une épreuve de mathématiques et que nous n’avions pas pu la préparer suffisamment. En août elle a tenté les concours du public.

La journée de clôture de l’école, et la journée d’excellence diocésaine, samedi et dimanche 10 et 11 juillet.

Un week-end festif où chaque enseignant s’investit dans les préparatifs : les hommes pour le matériel, les femmes à la cuisine.

Le vendredi soir, moments amusants où nous nous retrouvons toutes à couper des kilos d’oignons, à faire bouillir des poissons pour ensuite enlever les arêtes une à une, avec cela nous préparons des sandwiches pour les élèves, et en guise de dîner : les têtes de poissons grillées !

Le samedi soir nous recommençons les préparatifs, cette fois avec des poulets, et en guise de dîner : cou et tête de poulets !

Derrière ces considérations de mets de bouche c’est tout simplement l’excellence des meilleurs élèves qui est récompensé, avec remise de prix aux premiers de classe le samedi, et des gagnants du concours diocésain le lendemain.

Le samedi est quelque peu gâché par une pluie torrentielle, la marmite qui chauffait au feu de bois est sous la pluie ! Mais enfin il pleut, quel retard cette année dans la saison des pluies (où sont les averses régulières de juin ?).

Le dimanche nous revêtons tous l’uniforme du jour : un même pagne choisi que chacun taille selon le modèle de son choix. D’abord une messe célébrée par l’évêque à la paroisse. Puis les festivités : danses d’élèves, photo souvenir, repas.

Avec les enfants du catéchisme j’ai eu l’impression que les échanges étaient beaucoup plus faciles, car il y avait moins cette distance maître-élèves. J’arrive un jeudi avec un magasine sur le Saint Suaire exposé à Turin, l’occasion spontanée pour eux comme pour moi de rentrer un peu plus dans ce mystère.

Eux aussi ont droit à leur interrogation de fin d’année, je relève des perles : « Jésus est mort parce que les apôtres ont eu peur. » « La fête de Pâques nous rappelle la récitation de Jésus. » « Le jeudi sien, Jésus institue l’Eucharistie. » « baisse prix saint » = l’Esprit Saint  (grande promo pour recevoir l’Esprit Saint !)

Encore de la récitation par cœur ? Toujours est-il que les enfants apprennent acte de contrition, acte de foi, acte d’espérance, acte de charité, et moi-même par le même fait !

Dix jours au Mali.

Enfin en vacances. Une cousine vient me rendre visite. Nous partons donc visiter le pays voisin : le Mali, cent kilomètres séparent Ouahigouya de la première bourgade malienne, il aurait vraiment été dommage de partir sans avoir été voir de l’autre côté de la frontière.

Nous voyageons en taxi brousse, la route n’est pas goudronnée, la poussière vole, et nous passons un nombre de postes de contrôle impressionnant : police, gendarmerie, douane, frontière d’un côté puis de l’autre. Nous achetons notre visa, tandis que certains voyageurs non en règle parviennent à négocier leur passage ! Nous nous mettons en quête d’un guide pour marcher au pays dogon, autrement appelé falaise de Bandiagara, que nous abordons par Bankass au sud. Le premier jour nous marchons au pied de la falaise. Notre guide nous mène à un ancien village dogon accroché aux rochers, nous expliquant leur système social. Le deuxième jour, après une longue sieste pour laisser passer la chaleur, nous commençons l’ascension par un escalier de pierre dans un escarpement abrupt, en haut le panorama sur la plaine est à couper le souffle (alors que justement nous essayons de le reprendre !) alors qu’au loin un rideau de pluie progresse.

Nous dormons les deux premières nuits sur les terrasses des campements, une moustiquaire au-dessus de la tête, les étoiles par delà ; la troisième nuit la pluie nous oblige à nous retirer dans le couloir.

Sur le plateau, les travaux des champs ont commencé avec la pluie, toute la famille laboure, qui avec un âne, un buffle, un cheval ou un dromadaire ! ou désherbe, le dos courbé, une daba à la main.

        Nous continuons notre voyage vers Djenné, ville inscrite au patrimoine de l’UNESCO, célèbre pour sa mosquée et ses maisons toutes en banco, entourée d’eau lors du pic de la saison des pluies. Célèbre aussi pour son marché hebdomadaire où l’on trouve de tout, allant des chinoiseries à une variété infinie de mil. J’aime cette activité confuse et ce mélange de couleurs.

Pour rejoindre Mopti nous empruntons une pinasse qui nous emmène sur un affluent du fleuve Niger, le Bani. Pendant presque deux jours le paysage défile, nous longeons les villages de pécheurs bozos, contemplation au rythme du petit moteur (pas d’un hors-bord !), et lorsque le niveau d’eau est un peu bas, c’est à l’aide de perches que nos jeunes pinassiers nous font avancer.

Semaine de permanence la dernière semaine de juillet, et pot d’au revoir.

Et oui, même lorsque les instits sont en vacances ils doivent s’acquitter d’une semaine de permanence à l’école. Je ne manque pas à la règle. Peu de parents d’élèves viennent en fait (pour récupérer des cahiers ou des certificats), mais ce sont de bons moments de causerie avec les collègues qui passent.

L’abbé Albert, directeur diocésain de l’enseignement catholique et mon responsable, organise un dernier pot de départ avec ses traditionnels discours de remerciement, Abel prend la parole au nom de tous. Défile à ce moment la joie de souvenirs ponctuels ou plus particuliers avec chacun d’entre eux : fiançailles, mariage, anniversaire, simple repas, discussion sur la France et le Burkina…

Cette semaine me donne encore l’occasion d’un :

Dernier match de volley-ball avec Sarah et des membres du personnel du CHR.

Dernier bon dîner avec Victor et Cristina qui gèrent entre autre un orphelinat.

Dernière promenade avec les enfants de l’orphelinat.

Dernière visite à Pierre et sa famille.

Dernier poulet-Brakina avec Raso dans un maquis.

Dernier coup de fil à Sagha et Moussa.

Dernier tour en moto avec Idrissa à Ouagadougou.

Dernières brochettes près de l’aéroport avec Naré et Kadie.

Et puis un au revoir, puisqu’eux ne pourront venir en France

alors je reviendrai, mais quand ?

II/ Le retour en France et Le temps du BILAN.

En vacances trois semaines en famille, dans mon village et ma brousse comme je m’amusais à dire à ceux de OHG ; une transition idéale, confort et bons petits plats, avant le retour à Paris.

J’ai la chance d’avoir décroché le seul poste qui se libérait dans mon ancienne école. Donc je suis attendue avec joie par mon ancienne directrice et équipe, et par les parents et élèves apparemment. Tous m’ont beaucoup suivi durant l’année.

Et côté logement : une aubaine pour une proposition de colocation !

« Certaines coïncidences sont parfois si heureuses et si à propos qu’elles semblent être l’effet de quelque intelligence qui nous dépasse. Or on peut tout dire du hasard sauf qu’il est intelligent. » disait l’écrivain Hamadou Hampaté Ba. D’autres parlent de Providence, à chacun d’y croire ou pas.

Encore étonnant : l’abbé Albert me demandait dans un récent mail si j’étais prête à entamer ma mission là-bas, c'est-à-dire ici en France. Finalement cela recoupe son mot d’accueil lors des journées de rencontre entre enseignants du diocèse en septembre dernier : nous sommes tous en mission là où nous sommes !

Modification de ma perception de la vie en France ? Europe et Afrique sont séparées géographiquement par la Méditerranée, mais c’est surtout un fossé entre deux mondes. Je ne peux pas vivre en France comme au Burkina, je vais reprendre des habitudes de pays « développé », et je ne vais surtout pas reprocher à mon entourage son rythme et sa façon de vivre.

En fait lorsque l’on vit un événement, tout dépend avec quel œil on le regarde. Petit exemple rapide lors de l’inauguration du bloc chirurgical au centre pédiatrique du docteur Zala, où les discours furent révélateurs: le ministre de la santé vante un projet (privé) qui s’intègre dans les plans du ministère ; le chirurgien blanc déplore les barrières douanières pour l’apport de matériel, la présidente de l’association blanche vante la coopération Nord-Sud ; et docteur Zala (fervent protestant) loue le Seigneur pour l’aboutissement du projet.

Mais qu’est-ce qui a changé en moi ? Apparemment toujours les mêmes défauts, et les mêmes qualités d’ailleurs aussi !

Après lecture du « guide du retour », qui parle du risque du syndrome du retour ou encore appelé contre-choc culturel, je ne pense pas en être atteinte pour le moment (simplement le supermarché me paraît un labyrinthe). Cette même brochure amène à se poser des questions sur une éventuelle incapacité à relativiser la situation actuelle par rapport à celle vécue en mission, ou encore sur les difficultés de relations avec les autres, ou même le désir de vivre plus intensément, plus différemment, bref l’envie de réorienter sa vie… non point de tout cela à l’horizon !

Alors, engagement dans de nouveaux projets ? Pourquoi pas, car si j’ai pu donner bénévolement de mon temps dans diverses activités menées, ne pourrais-je pas en faire autant ici ? Bref je me renseigne dans ce sens pour du soutien scolaire.

Mon année du point de vue professionnelle est un « plus » évident puisqu’elle m’a montré une autre manière d’enseigner.

J’ai appris une rigueur dans la préparation de la classe et dans la méthodologie à suivre en classe que je n’avais pas. J’ai vu aussi qu’avec peu de « moyens » on pouvait tout de même faire beaucoup (et si je diminuais les photocopies ?).

Certes il y a des habitudes que je ne verrai plus :

- Les élèves pieds nus en classe

-« L’argent de Daouda pour la maîtresse ». Combien de fois par jour la classe ne prend-elle pas en chœur cette phrase dès qu’une pièce tombe.

-« Madame regardez il corrige » ou la dénonciation perpétuelle des élèves entre eux. Les collègues n’y voient pas d’inconvénients, au contraire elles ne peuvent pas tous les surveiller, donc ils se dénoncent eux-mêmes !

-La nouvelle coiffure de mes collègues chaque quinzaine : j’en quitte une, tête au carré cheveux noirs lissés, je la retrouve frisée violet-long le lendemain ! La technique : perruque ou mèches rallongées.

Pour les fillettes c’est pareil : des perles au bout des tresses, ou court à la garçonne (question d’hygiène c’est sûr), ou redressés sur la tête avec du fil noir raide. Finalement les coiffures des films futuristes du genre guerre des étoiles n’ont rien inventé !

-Les visites régulières au tailleur, ou plutôt aux tailleurs : celui qui peut me copier des modèles européens découpés dans des revues, celui qui copie des modèles existants et fait des trousses avec les chutes, celui qui me saccage des robes et enfin le grand couturier qui cousit la robe pour le mariage de Marie-Valentine ! Et maintenant le défi d’oser ressortir ces tenues !!!!

Et des habitudes surprenantes à ne pas reproduire :

S’asseoir chaque fois qu’il le faut pour la lecture de l’Evangile à la messe.

Employer toutes ces expressions imagées: « bic là ne sort plus », « nez de Lydie là sort », « Tu as diminué tes cheveux ? », « Tu vas perdre tes yeux », « Je vais grouiller trouver. », « Elle se cherche. », « Quitte là ! »

S’extasier devant les prénoms dignes des saints du calendrier :

Saint Placide pour vous est une station de métro parisien ? pour moi c’est un collègue. Arsène vous fait penser à Arsène Lupin ? Honoré à Honoré de Balzac ? encore des collègues ! Léger un adjectif qualificatif ? un autre collègue.

Modeste, parfait et fidèle sont pour vous des qualités vers lesquelles tendre, ici ce sont des prénoms d’élèves. Et Perpétue aussi!

Narcisse vous rappelle un personnage tiré du livre les Métamorphoses d’Ovide,  ici c’est bien un prénom utilisé.

Rita, Pélagie, Abel, Innocent, Marcelline sont des prénoms fréquemment usités. Mais je n’ai pas rencontré de Paterne ou de Médard !

Que dire des habitudes des animaux burkinabè errant sur les routes ? Petite histoire de divagation en bord de route.

Tout d'abord LES ANES Et bien ce sont les ROIS de la route !

Comme ils travaillent durs toute l'année pour aider les hommes en transportant tant de choses, disons qu'ils ont décidé de se prendre pour les rois ...et rien ne peut les faire bouger tant qu'ils ne l'ont pas décidé !!!

Ensuite LES CHEVRES... et bien, comme elles sont parties dans le resto sans payer...disons que lorsqu'une voiture approche à leur niveau, elles se sauvent car elles craignent qu'on leur donne l'addition!

Et enfin LES CHIENS ... Les pauvres, on ne leur a pas rendu la monnaie alors ils sont furieux et aboient en courant derrière la voiture conduite par un escroc !!!!

Continuons ce bilan sous forme plus légère, voici :


-un Inventaire :

0 photocopie

Au moins 10 boîtes de 100 craies

0 coup de chicotte

6 élèves dyslexiques mais absence d’orthophoniste et pour ma part aucune formation dans ce sens.

11 redoublants

4 cachets de spasfond

200 pastilles de micropur

2 gouttes épaisses négatives

3 cahiers de journal de bord

44° de température maximale observée en mars-avril-mai

3H30 durée de la messe chrismale 4H, vigile pascale ; idem pour le sacre et l’intronisation de Mgr Justin

-un Tableau de chasse

4 scorpions

Une vingtaine de cafards

Des dizaines d’araignées (Zéna notre fée du logis les délaissait quelque peu, peut-être son totem ? c'est-à-dire son animal protecteur !)

Et des moustiques à foison, 7 d‘un coup par 7 d’un coup !


-une Poésie sur le modèle d’Heureux qui comme Ulysse (sans la rime)

Heureuse qui comme Sybille a fait un beau voyage,

Et comme celle-là qui connut la Burkina,

Puis est retournée pleins d’images et souvenirs

Vivre dans sa patrie la suite de son âge.

Quand reverrai-je hélas de mon Ouahigouya

Passer les ânes gris, et en quelle saison

Entendrai-je toutes ses salutations

Qui m’étaient tant d’habitudes et tant de joie ?

Mais plus me plaît les Henrys qu’ont bâti mes aïeux

Que des maisons de banco le toit tout de paille,

Plus que la latérite le sable solognot,

Plus

la petite Sauldre

que le fleuve Volta

Plus les collines sancerroises que la steppe sahélienne

Et plus que le muezzin les cloches carillonnantes.



Et puis sur le plan spirituel : Grande joie de participer aux messes du samedi soir et aux grandes fêtes chrétiennes de

la paroisse. Joie

de prier le chapelet avec une famille amie chaque mercredi.

Joie de la communion de prière avec les autres volontaires par le biais de la roue de la prière (chaque semaine un pays priait pour un autre pays), une promotion soudée qui nous apprend à être attentif aux événements climatiques, sociaux, économiques et politiques de la planète, à l’écoute de chacun dans sa propre mission, son intégration culturelle, ses hauts et ses bas.

Mais aussi découverte d’un islam « normal » sans agressivité.

Mes relations avec les hommes et les femmes du pays : GENIAL car au-delà de ma mission professionnelle, j’ai été plongé corps et âme dans la richesse spi et humaine du pays. C’est le point le plus appréciable de cette année : la vie quotidienne au jour le jour menée au milieu des amis burkinabè.

Car tous les idéaux et toutes les formations du monde ne donneront jamais un goût réel des réalités touchées du doigt sur le terrain.

Un volontaire qui part pour durer doit donc :

         Se fondre dans la vie locale, ne pas chercher à tout maîtriser.

         Apprécier les imprévus, ne pas chercher à tout analyser.

         Se laisser porter par les événements qu’il vit sur place.

         Etre là, simplement parmi eux.

         Pouvoir parler à d’autres Blancs pour évacuer toutes les émotions.

« On ne peut voir tout seul le sommet de son propre crâne ». C’est peut-être à vous-mêmes de me dire ce qui semblera avoir changé en moi !

Merci à eux

Merci à vous, amis, qui m’avez accompagnée par vos nombreuses lettres et vos mails ;

à vous, mes parents, mes frères et sœur et beauf, pour les coups de fil qui tombent à pic ;

à vous, parrains, pour votre don qui  permit de me suivre tout au long de cette année unique.

« Un homme qui partait en voyage appela ses serviteurs et leur confia ses biens. A l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. » Matthieu 25, 14-15

Quelque soit la part que nous recevons, faisons là fructifier !

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30 août 2010

portraits

23 avril 2010

les avions reprennent leurs vols, les Burkinabè dansent toujours

Les congés de Pâques

Entre les congés de Noël et les grandes vacances, seul les congés de Pâques apportent un peu de repos à nos élèves.

1) A l’orphelinat :

Pour ne pas chômer, Christina, une amie espagnole qui dirige un orphelinat pour l’ONG Bibir, me propose de venir chaque après-midi m’occuper des Moyens, les enfants de 2-3 ans, c'est-à-dire prendre le temps de m’asseoir avec eux. Et là à moi de trouver des activités. Ah ce n’est pas vraiment une tranche d’âge que je connais. Mais je m’appuie sur des livres laissés par Sandrine (volontaire ASMAE repartie en février). Au début je suis un peu trop ambitieuse : délier le geste pour l’écriture, tenir correctement un crayon, former des ronds, des vagues, des traits verticaux…

Du coup le lendemain je me focalise sur le coloriage de la lettre majuscule du prénom de l’enfant, le jour d’après il s’agit de coller des gommettes sur une ligne courbe. La détente passe par de gros legos, façon indirecte d’amener à parler des couleurs, de la taille ; ou par des puzzles et des chansons mimées. Les animatrices sont ravies elles-mêmes de la nouveauté de ces activités. 2 groupes de 5, pas plus de 30 minutes d’attention, et puis les enfants retournent dans le grand bac à sable, frappant en dansant sur leurs seaux tels des djembés, ils ont véritablement le rythme dans la peau dès tout petit !

Hier justement, 3 semaines après, je recroise une des animatrices qui se désole de ce que je ne passe plus les voir ! Je sais maintenant à quelle porte frapper en juin lorsque l’école prendra fin.

La particularité de cet orphelinat est de ne pas être ouvert à l‘adoption. En effet ces enfants ne sont souvent qu’orphelins de mère, et le père ne pouvant se « charger » de les élever, les confie à l’Action sociale qui les envoie ici (inutile de dire que les places sont rares). Ensuite à l’âge de 4-5 ans ils sont réintégrés dans leur grande famille.

2) Nouvelle après-midi bricolage avec Josiane, Yanis, Anita et Diane. Les filles se lancent dans la confection de bracelets avec Nathalie, et moi je réponds aux questions toujours ininterrompues de Yanis tout en décorant un œuf de Pâques. On termine de nouveau par une séance DVD, Le livre de la jungle, ce n’est pas la jungle burkinabè mais indienne, jungle tout de même !

3) Marabout, bout de ficelle

C’est vrai que j’en entends parler depuis que je suis ici de ces fameux marabouts-guérisseurs ! Béatrice, française venue à Ouahigouya pour étoffer sa thèse pendant 3 mois, veut consulter pour des verrues plantaires. Je me fais simple spectatrice, ne voulant surtout pas m’impliquer dans ce genre de pratique. L’homme lance des cauris (des coquillages) sur le sol et après « méditation » avec son chapelet musulman (quel syncrétisme avec l’animisme local !) conclut que le mal peut être guéri. Par des sacrifices ? non par des dons! Bon nous arrêtons là, Béatrice ne souhaite pas continuer, ce qui se comprend aisément ! Mais beaucoup y croit dur comme fer. Finalement ce sont les progrès dans la connaissance scientifique qui estomperont peut-être un jour ces croyances.

4) Régularisation :

Régularisation des sans papiers ? non régularisation de mariages ! celui de ma collègue Rita avec son mari musulman, celui d’Hamadé autre ami instit, celui d’une vingtaine d’autres couples. Echange des consentements à la chaîne, puis baptême dans la foulée de leurs enfants ! L’Eglise est pleine, pas beaucoup de robes blanches mais la démarche est faite !

5) La Semaine sainte :

L’apothéose de ces congés est bien entendue marquée par le Triduum pascal. (Qu’avons-nous fêté dimanche ? un enfant du catéchisme : « Saint Pascal » !)

Jeudi Saint, Vendredi Saint, Vigile Pascale se déroulent à l’église en plein air.

Jeudi, chorale francophone et chorale mooréphone rivalisent de chants.

Vendredi, sobriété oblige, c’est un cortège silencieux et innombrable qui vient adorer la croix.

Vigile pascale, quatre heures durant, le ciel de Ouahigouya va résonner de iou-iou sonores. Les chants des fidèles montent, laissant éclater leur joie devant l’annonce du Ressuscité vainqueur du péché, encore et encore des danses. Le feu nouveau est allumé puis transmis à des centaines de cierges ! Sentiment de paix indéfinissable (qui s’estompa trop rapidement).

Ecole de brousse

Le mercredi 14 avril, tournoi d’athlétisme pour les CM2, du coup toute l’école est libérée (comme si c’était une prison !). J’en profite pour aller dans l’école d’Hamadé, situé à 30 minutes de OHG (durée évaluée en temps de trajets de mob !) dans le village de Risci Peuls (car à majorité habité par des gens de l’ethnie Peule), perdu au milieu de nul part.

Je garde de cette journée le souvenir marquant des élèves : des enfants miséreux (pas d’uniforme mais des habits déchirés, la peau sale, les cheveux embroussaillés) pourtant ils sont bien plus disciplinés que ceux fréquentant l’école en ville. Le respect du maître détenteur tout puissant du savoir ? En tout cas pas une seule menace de coups de chicotte…

La séance de calcul d’Hamadé avec les petits cailloux en guise de manipulation ; la séance de sciences du directeur avec observation grandeur nature-vivant de l’âne ! Ce même directeur vivant sur place, sans eau ni électricité.

La brousse, ou le plaisir sans cesse renouvelé pour moi de la traversée de ce paysage. D’où les arbres tirent-ils leur énergie pour que les acacias refleurissent jaune, et que les flamboyants flamboyent rouge comme cela ?

Retour à St Marius, retour à la dure réalité des mauvais résultats de mes élèves : 66% d’élèves ont eu la moyenne à la 2ème composition, 20% à un test de niveau demandé par l’inspectrice du diocèse… Maigre consolation, les autres CM1 n’ont guère fait mieux que 10%. Je ne dirai même pas que les épreuves étaient trop dures…

La pluie de mangues

Depuis fin février le thermomètre affiche journellement un beau 44°C. Il faut s’habituer à se laver les dents à l’eau chaude, à retourner trois fois par nuit son oreiller trempé, à dégouliner à peine sortie de la douche, à affronter les trajets maison-école, et à passer les après-midi sous le toit de tôles de la classe. Ceux qui n’ont pas le chance comme nous d’avoir des ventilateurs chez eux, s’allongent dehors sur une natte !

« Mais ah, on est là », comme disent les Burkinabè !

Et voilà que dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 avril (je note la date  de cette 1ère pluie, comme j’avais noté la dernière : 31 octobre !) c’est véritablement la pluie de mangues qui tombe. On l’appelle ainsi car elle correspond au pic de la saison des mangues, alors que les arbres croulent sous les fruits qui jonchent alors le sol. Ah le doux bruit de la pluie qui me réveille en pleine nuit, les gouttent s’écrasent sur le toit et sur la terre poussiéreuse d’où s’élève cette odeur d’humidité caractéristique, les éclairs zèbrent le ciel !

Depuis ce jour le temps est bizarre, le soleil est un disque blanc dans un ciel laiteux. Et puis ce jeudi 22 tout est d’abord teinté d’une couleur orangée, j’admire ce que je prends premièrement pour un magnifique lever de soleil. Mais les heures passant tout devient grisonnant, l’horizon, la terre, mais qu’est-ce que c’est que cette cendre islandaise? Cela me fait aussi penser à une fine couche de poudreuse… En pleine journée les gens roulent en phare, et se protègent la bouche d’un masque, on ne voit pas à dix mètres. Les avis divergent sur ce phénomène météorologique : pour certains il est déjà apparu il y a 2 ans, pour d’autres en 1994, voir plus loin en 1984, ou dans leur plus tendre enfance… Cela viendrait du Mali. Plus la journée avance, plus le pays est empoussiéré. L’aéroport de Ouaga est fermé !

Transition toute trouvée avec ma blague de 1er avril cette année à mes chers parents : « Royal Air Maroc, qui doit me ramener en France pour le mariage de Marie-Valentine, fait faillite… » Mal m’en a pris, c’est ce qui est en train d’arriver ! RFI seule radio que je capte en français, seule radio française parlant de l’Afrique, me rapporte les attentes dans les aéroports, bah au début je ne m’affole pas, mais alors que le trafic reprend (redirigeant les vacanciers forcés vers leur pays), la dite compagnie semble particulièrement avoir souffert, et Casablanca par où je dois transiter, un immense embouteillage ! Patience.

Arsène, un collègue qui ne manque jamais une occasion de me chambrer, prévoit l’apocalypse pour bientôt sur le vieux continent, selon lui les cartes seront modifiées et l’Afrique sortira grandie. Il me propose de faire rapidement venir ma famille au Burkina avant que le pays n’accorde de visas aux français qu’au compte goutte.

A la semaine prochaine donc, parce que je serai chez nous c'est sûr!

28 mars 2010

le Burkina d'Ouest en Est

Ah cela fait maintenant plus d’un mois que je n’ai pas donné de nouvelles, il faut dire aussi que je raconte trop de choses sur mon blog d’où l’impression d’être creuse dans mes rapports de mission. Mes chers parrains financiers, le 2ème est-il arrivé ?

Profitez d’un peu de temps mort au boulot pour lire cet article plutôt que de surfer sur les résultats détaillés des dernières régionales. (J’espère d’ailleurs que vous avez voté pour moi...)

Bon je ne suis pas venue parler suffrage universel, mais de mes derniers voyages.

Et oui lorsque l’on part en mission professionnelle cela signifie aussi tourisme !

« Pour le voyageur, l’eau de la gourde est plus volumineuse que l’eau du canari. »

Pour bien comprendre ce dicton : un canari est une grosse jarre en terre cuite.

  • Un premier périple dans la région de Bobo Dioulassa, 2ème ville du pays.

Fin février-début mars j’accueille avec joie 3 anciennes collègues de France : Fanny, Christine et Nicole, ainsi qu’une amie de CFP, Clarisse. Je demande donc quelques jours à mon directeur pour voyager avec elles dans la région de Bobo (finalement je n’ai raté aucun jour d’école car un jour il y eut « marche », une grève en fait ! et un autre jour ce fut Mouloud, fête musulmane rappelant la naissance de Mahomet, et comme nous avons plus d’élèves musulmans que catholiques à l’école Saint Marius...).

Un voyage touristique dans des conditions touristiques. Une chance car je n’aurais jamais pu mieux découvrir cette région. Nous louons un 4X4 par l’intermédiaire de Joachim (qui m’accueillit à mon arrivée à l’aéroport) et nous partons avec clim et chauffeur, clé de réussite de ces journées. Pour le trajet nous accompagnent également Blanche et Frédéric, deux anciens volontaires Fidesco au Burkina et que j’avais rencontrés en France lors de nos formations. Une chance de les retrouver  pendant leurs vacances retour aux sources, après tous leurs conseils donnés avant le départ !

Nous visitons donc la ville de Bobo : la mosquée la plus vieille du pays datant de 1880, la vieille ville délimitée par une rivière, véritable marigot qui sert de lavoir et déversoir... Même sentiment que dans le Sahel : dès que le lieu est touristique, le Blanc est assailli d’enfants, de vendeurs, de guides en tout genre. Un peu trop oppressant même si c’est tout à fait compréhensible qu’ils profitent de l’occasion pour commercer ou quémander.

Ensuite nous nous dirigeons vers Banfora et ses hectares de plantations de canne à sucre. Nous escaladons les dômes de Fabédougou pour dominer la plaine, nous nous baignons dans les cascades de Karfiguéla, nous nous laissons mener en barque (en pirogue) sur le lac de Tengrela pour approcher les hippopotames, wahou première fois que je vois des animaux sauvages vraiment à l’état sauvage (et les sangliers et chevreuils ? me demanderont certains, on se comprend), nous admirons les pics de Sindou, nous empruntons des pistes, traversons des villages et arrivons à celui de Koumi. Seule déception de cette semaine : ce village est tenu par l’office nationale du tourisme, mais sentiment de malaise, un zoo, qui regarde qui ? Pour visiter un village mieux vaut aller chez des amis plutôt que d’être trimbaler par un guide d’une maison à une autre. Les explications sont données de mauvais gré : pourquoi tel fétiche, pourquoi le trou des vanneuses paraît-il à l’abandon ? (pour mieux tresser les paniers il faut profiter de l’humidité de ces trous). C’est jour de funérailles, nous assistons d’ailleurs aux danses (quelle gaieté pour l’événement).

Il est temps de remonter sur Ouahigouya, nous nous arrêtons au passage à Dédougou où justement a lieu tous les 2 ans le festival des masques.

A Ouahigouya, mes visiteuses m’accompagnent à l’école, histoire de se rendre compte par elles-mêmes des différences ou ressemblances entre nos 2 modes, mondes, d’enseignement. Le plus marquant, si je peux me permettre de faire le jeu de mot, reste les coups de chicotte donnés aux élèves. Faut-il en déduire que de mon côté je m’y suis habituée ? (à voir faire, pas à donner !)

  • Une autre façon de voyager : à la burkinabè, à Fada N’Gourma

Après avoir entendu plusieurs annonces à la messe je m’inscris à la sortie de l’aumônerie des jeunes organisée sur la ville de Fada. Et me voilà traversant le pays dans un minibus bondé d’une quarantaine de jeunes paroissiens du diocèse.

Dans mon guide touristique, que je feuillette au retour histoire de confronter ce qu’on y raconte avec ce que j’ai entendu, je lis : Ne pas rouler la nuit. Les deux raisons sont d’ordre sécuritaire. 1/ du fait des traversées d’animaux domestiques et sauvages et 2/ parce que ces routes sont particulièrement fréquentées par les coupeurs de routes. Et d’ajouter : « bandits de grands chemins, ils cherchent généralement à détrousser les riches commerçants qui transitent vers le Niger, le Bénin ou le Togo ». (3 frontières proches) Est-ce notre bannière accrochée devant le pare-choc qui découragea ces détrousseurs (aumônerie des jeunes Jean Paul II, avec le Christ on est ensemble) ? ou bien nos chants ininterrompus ? toujours est-il que nous arrivâmes à bon port à près de minuit. Logement sur des nattes, sans moustiquaire, douche au seau, et latrine avec simple trou...

Quels sont les points d’intérêt : « Fada est une bonne base pour explorer les Réserves naturelle de l’Est ». Ce qui n’est pas le but de la visite des jeunes de OHG.

Bon et donc le livre guide ne dit rien sur les fortes traditions animistes locales et l’histoire que je qualifierai de légendaire mais à laquelle beaucoup croit, y compris les catholiques. Un chef coutumier nous montre les environs : colline au boa sacré (où paraît-il 30 initiés auraient disparu), cimetière des rois (des herbes folles mais pas de tombe), baobab sacré où un roi aurait disparu avec son cheval (si si il y a l’empreinte des sabots !). Bref l’animisme est encore fortement présent dans les esprits. D’ailleurs m’a été posée la question suivante : et en France, avez-vous des endroits hantés comme cela ? Alors en toute bonne sologno-berrichonne que je suis, je raconte les bords d’étang de Sologne avec leurs brumes, leurs marécages, leurs birettes !

Et surtout entre les Mossi de Ouahigouya et les Gourman de Fada existe la parenté à plaisanterie, véritable joute verbale, parfois choquante mais non prise au 1er degré. Exemple lors de la présentation des jeunes des 2 aumôneries :

« Je me nomme Blanche.

-Toi là, noire comme ça ? Faut changer de prénom ! »

«  Vous êtes nos esclaves, nous sommes vos patrons, on doit tout vous apprendre ! »

D’autres phrases entendues, l’humour à la burkinabè

« Qui a des saints patrons qui donnent l’argent ? faites des neuvaines ! »

« la mossi claire » (c’est moi !)

« les choses s’accordent sans se ressembler. »

« on n’arrive pas à ne pas s’entendre. »

Allez, prochain voyage :

la France

! Et je vous avoue que mon regard est maintenant tourné vers là-bas. Bon cheminons d’abord vers Pâques. Bonne route à vous aussi !

18 février 2010

En ce mois de février

En ce mois de février je ne vous ai pas beaucoup donné de nouvelles.

Ce jeudi donc je délaisse ma saisie informatique à la direction de l’enseignement catholique, pour narrer en vrac quelques scènes vécues et quelques réflexions personnelles.

Quelques remarques de collègues :

« Sybille tu as attrapé ta tête aujourd’hui » (tout ça parce que j’ai attaché mes cheveux).

« Tu es habillée comme une villageoise » (tout ça parce que j’ai fauté par excès d’intégration en revêtant 2 pagnes différents…)

Emilienne, au ventre rebondi : « tu jeûnes toi Sybille ? Parce que moi j’ai essayé mais je ne peux pas ! Sinon à 15h je ne tiens plus et je m’énerve face aux élèves, et ça c’est pécher»…

En classe de CP2, Monique à ses élèves : « Ceux qui gagnent 10 vont partir avec la maîtresse de CM1. Vous voulez prendre l’avion ? » 50 répondent oui : pour l’avion, la France ou la maîtresse de CM1 ?

Quelques expressions d’une sœur- stagiaire en CM1 :

« qui a faussé un mot ? »

« ce verbe est au quelième groupe ? »

Une autre question qu’une vendeuse d’arachides me posa :

« Quelle langue parles-tu en France ?

- Le français (quelle question !)

- Mais tu es de quelle ethnie ? »

Pas si dénuée de sens la question en fait ! Car au Burkina il y a une soixantaine d’ethnies et donc autant de langues ! Ca paraîtrait logique qu’en France aussi ! Allez à mon retour je me mets au berrichon !

Le we dernier, transition marquante de la période froide de la saison sèche (15-20°C) à la période chaude de la saison sèche (j’attends de voir jusqu’où grimpera le thermomètre)

Signes visibles :

-         Remise en route du ventilo sur le temps de la pause midi.

-         Réouverture de la fenêtre la nuit (d’où : bruit de la musique des meuniers et de la prière nocturne de la mosquée d’en face !)

-         Plus besoin de chauffer l’eau de la douche

Bon j’ai suivi de loin ce qui a été dénommé le débat sur l’identité nationale. Je soulève seulement une question, pourquoi supprimer alors les cours d’histoire en terminal S (prétexte : passer l’épreuve en 1ère, ne garder que les matières scientifiques en Term) ? Alors voilà ce que j’ai relevé dans le guide du maître d’histoire de CM1 :

« Les contenus de l’histoire ne sont pas neutres ; ils véhiculent une culture, une vision du monde et de l’homme ; dans leur aspect existentiel, ils représentent la mémoire collective des peuples à travers laquelle ceux-ci retrouvent leur identité. On comprend pourquoi « on ne peut vivre avec la mémoire d’autrui », tant il est vrai que l’histoire est une discipline formatrice qui enracine culturellement l’esprit. » Je m’arrête là.

En histoire d’ailleurs, Emilienne aborde la colonisation : « vos grands-parents étaient des petits Français. » 36 paires d’yeux me regardent d’un coup, puis éclat de rire général ! Qu’ont-ils bien pu se dire à ce moment là ?...

Bon cela dit en passant, le programme d’histoire de l’année sera bouclée dès la semaine prochaine, n’a t-il pas été quelque peu survolé ????

Parlons papilles gustatives (exilée sur le sol au pays du riz-sauce, on s’accroche à tous ces petits plaisirs) :

Un fameux nectar

Le bissap. Payé au marché, vendu par les vieilles, qui ne parlent que mooré. Donc sortir son calepin pour la traduction. Pour compliquer la chose, il ne suffit pas de savoir compter, mais de savoir qu’il faut multiplier par 5 le prix donné (c’est pour tout le monde ainsi). J’avoue ne  pas m’être chargée de l’affaire.

Une fois ses fleurs d’ibiscus séchées achetées, il faut les rincer à grandes eaux pour éliminer la poussière du marché. Puis faire bouillir le tout avec du sucre et un peu de menthe fraîche. Doser en fonction du goût : les Burkinabè l’aiment très sucré. Filtrer la décoction. Esponger la cuisine-chantier. Et voilà un breuvage de couleur rosée à consommer frais sans modération. Les marchandes à la charrette, vendeuses ambulantes, proposent cette boisson à toute heure du jour dans des sachets transparents que les enfants se font un plaisir de boire aux récréations.

Colis non suspects

Si le postier se doutait du contenu de certains colis que je récupère… Quel bonheur, mais je ne suis pas la seule à avoir apprécié le foie gras et le saucisson : ils ont le goût affiné mes amis instit et infirmiers du pays de la poussière. Merci les amis du pays de la neige, vous qui me connaissez si bien, au point de glisser dans le paquet Spéculos (pour mon côté boche) et Chasseur français (pour mon côté chassouille) !

Allez arrêtons de saliver, place au Carême. Mercredi des Cendres, église aussi bondée que pour Noël, mouvement de foule au moment de recevoir les cendres.

Dictons du jour : « Ce n’est pas celui qui est vieux qui a vu l’éléphant ; c’est celui qui a été en brousse qui a vu l’éléphant. » Mais « La brousse n’est pas lieu de promenade de la chèvre sous prétexte qu’elle aime l’herbe tendre. » Bon la semaine prochaine je vais aller me promener du côté de Bobo, car visite de France ! Que rencontrerons-nous ? des éléphants ?

Pour terminer je vous informe que mon 2ème rapport de mission est quasi bouclé. Bailleurs de fonds à vous de jouer !

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18 février 2010

Concert Fidesco pour Haïti

Il y a un mois déjà la terre tremblait à Haïti. Un mois c’est à la fois très court et très long comme le dit très bien le journal « La Croix » de vendredi dernier

« Un mois c’est si long quand sa maison a été détruite, que manquent l’eau et la nourriture, que l’école ne peut reprendre….et c’est tellement court si on mesure l’énormité de la tache…..Un mois, c’est long : les medias n’ont pas encore déserté les lieux, mais peu à peu d’autres sujets occupent la première place……Un mois c’est trop court : la page de notre compassion ne doit pas se tourner trop vite…..car les besoins sont immenses… ».

Aujourd’hui, Fidesco s'est engagé dans un véritable projet de développement durable en Haïti : la reconstruction d’une école primaire à Port au Prince pour 500 enfants.

Le groupe Safran qui est l'un des principaux partenaires de Fidesco a décidé de financer un concert à cet effet, le 22 mars prochain, salle Gaveau à Paris.

A l'occasion de cette soirée exceptionnelle, l'Orchestre de l'Alliance qui rassemble les plus jeunes talents lauréats des plus grands conservatoires européens, jouera sous la baguette de son chef d'orchestre Pejman Memarzadeh avec la présence exceptionnelle de Svetlin Roussev au violon.

Si vous souhaitez aider Fidesco et en particulier Haïti, n'hésitez pas à :

- Bloquer cette date sur vos agendas et réserver vos places

- Annoncer cet événement autour de vous et inviter vos amis !

- Proposez à votre entreprise d’acheter des places pour ses salariés !

- Faire circuler l'information http://www.fidesco.fr/concert.htm

21 janvier 2010

Et pendant ce temps là

« L’épervier peut voler haut, mais un jour ses os seront sous terre. »

Mercredi 13 janvier, 7H, petit déjeuner matinal, j’allume RFI as usual. Tremblement de terre meurtrier à Haïti, mon sang se glace, le temps suspend son vol. Il y a des volontaires Fidesco à Port-au-Prince, certains même avec de jeunes enfants. La famille Fidesco se mobilise dans l’attente de nouvelles rassurantes, vive internet. La nouvelle tombe : tous sont vivants, Dieu merci.

Un événement d’une telle ampleur nous touche t-elle plus profondément lorsque des connaissances sont concernées ?

L’avantage de ne pas avoir la télévision, c’est de ne pas tomber dans le choc des images, dépasser l’émotionnel instantané. Madame Clinton serait venue constater les dégâts. Promettre, voir, faire. Faisons tout de même confiance à toute la logistique insoupçonnée que cela entraîne.

L’aide internationale : la prière autant que l’envoi de matériel et vivres. La prière ne reconstruit pas les maisons, elle donne une force pour le faire qui encourage et soutien sans le dire.

Pour le peuple haïtien : reconstruire, se reconstruire.

Et pendant ce temps, l’Harmattan commence à souffler à Ouahigouya, le ciel est laiteux, le soleil ne perce pas, ce vent soulève des nuages de poussière.

Et pendant ce temps, une moto fait des heureux : celle de Nathalie, au repos en France. (« Travailler est bon, savoir se reposer est également bon ») Moto d’abord utilisée par Naré, puis par Pierre (même pendant ces congés d’étudiant il trouve le moyen d’aller travailler au Centre) et surtout Augustine. A moto on est quelqu’un, me confie-t-elle. En 6 ans de service elle roule toujours à vélo, impossible de mettre de côté quand la famille compte sur son salaire, inversement proportionnel aux heures fournies.

Et pendant ce temps, les Eléphants rencontrent les Etalons, combat de brousse ? Non, les premiers se qualifient pour les quarts de finale de

la CAN

, Coupe d’Afrique des Nations, les seconds rentrent chez eux un peu trop rapidement au goût d’une enseignante nassara qui n’a plus d’équipe à supporter. L’équipe du Togo, elle, n’a pas participé à la compétition, victime d’une fusillade qui doit donner des insomnies aux organisateurs de la prochaine, non moins très mondialement attendue, compétition en Afrique du Sud.

Et pendant ce temps, quelques rares coupures d’électricité, la dernière en date pendant la messe. Un peu de répit pour nos oreilles, la chorale chante vraiment faux ces derniers temps, seul le djembé nous entraîne encore. « Béni soit le Dieu qui a tout payé, béni soit son nom éternellement ». J’affectionne particulièrement ce chant d’offertoire. Et puis sympa Dieu de tout payer, ah non de tout créer ! Payer est tellement l’expression d’ici que je ne m’en étais pas plus étonnée que cela: payer les condiments pour le tô (plat national), payer le pagne de

la Saint

Valentin

(et puis quoi encore, avec des cœurs énormes dessus !)...

10 janvier 2010

Au Sahel

2 articles à la suite, il fallait bien ça après ce long silence ! Pas évident ces derniers temps de trouver 2 heures pour m’assoire derrière l’ordinateur, une actualité bien remplie !

Les congés de Noël...

« L’horizon atteint par les yeux peut être atteint par les pieds. » En l’occurrence pour moi, les régions du Burkina vantées par les guides touristiques et observées depuis une carte peuvent être atteintes par le bus !

Il fallait tout de même que je parte à la découverte du Burkina, on ne connaît pas un pays uniquement par une ville, fut-elle si agréable à vivre.

Ni Nathalie, partie pour un repos bien mérité, ni Sandrine, clouée à l’hôpital par un méchant palu, ne peuvent m’accompagner. Voyager seule ? Razo me rassure, les seuls inconvénients auxquels je peux être confrontée sont ceux que tout burkinabé peut rencontrer : un mal de tête ou une crevaison de bus. C’est décidé je boucle mon sac.

Pour aller dans le Sahel, ceux qui ont la géographie du Burkina en tête, le plus proche chemin aurait été de faire la transversale Ouest-Est, mais le plus rapide me fait redescendre par Ouaga, pour remonter ensuite direction le Nord.

Une provinciale à la capitale, c’est exactement l’effet que me fait mon arrivée à Ouaga deux roues (l’expression n’est pas de moi mais tellement bien trouvée !). A peine le péage de la ville franchi, quelle effervescence ! Mais pas assez de temps pour y faire du tourisme, je repars déjà. Quelle joie de traverser enfin tous ces paysages, je reste des heures collée à la fenêtre à admirer

la Création.

Enfin

je croise des baobabs, ces arbres majestueux, au tronc massif et aux branches biscornues sans feuille.

1ère étape : Bani, la ville aux 9 mosquées ! A quand l’inscription au patrimoine de l’UNESCO ? Ce n’est peut-être finalement pas souhaitable, car le site serait tout de suite envahi de touristes alors que tout son charme réside dans sa tranquillité.

Nous partîmes une, mais par un prompt renfort nous nous trouvâmes bientôt trois ! je me joins à 2 Canadiennes, la mère et la fille globe-trotteuses et nous nous perdons dans les rues en terre, débouchant tout à coup sur la grande mosquée en banco (briques de terre) construite il y a 30 ans, tandis que les autres mosquées surplombent le village depuis les collines environnantes.

2ème étape : Dori, ville de transit, juste le temps de s’associer avec 2 Américains (2 Peace Corps qui viennent de passer 2 ans dans un village d’Afrique du Sud, chapeau.) et de grimper dans un taxi-brousse pour continuer notre équipée. Wahou le taxi-brousse, heureusement que la piste n’est pas trop mauvaise, sinon je doute fort que les amortisseurs aient pu résister à un tel chargement de sacs sur le toit, d’hommes, femmes, enfants et poulets ! Je me glisse à l’arrière en montant par la fenêtre. Ah je comprends pourquoi la place n’est pas prisée, avec la vitre cassée, vent et poussière s’engouffrent ! Mais de là, vue imprenable sur le paysage qui se désertifie avec ses petits arbres épineux et son sol à nu.

3ème étape : Gorom-Gorom, la porte du Sahel. Un village doublement recommandé.

-D’abord pour son marché aux bestiaux du jeudi. Ca tombe bien nous sommes jeudi 31. En effet quel spectacle : les touaregs affluent pour vendre buffles, zébus ou autres petits moutons et chèvres. On reste tout simplement à regarder les négociations et les bêtes aux cornes démesurées, une nuée d’enfants à nos talons.

-Ensuite pour son point de départ d’excursion dans le Sahel. Nous nous laissons tenter par une ballade en dromadaires. Notre livre guide touristique nous avait pourtant bien dit de nous méfier des guides qui se font une concurrence sans merci, souvent au détriment du brave touriste blanc-blanc. Celui qui est chargé de nous accompagner est, disons le, provocant, insolent, arrogant, bref il nous gâche quelque peu le plaisir de passer notre 31 avec dîner et nuit sur les dunes (que dis-je LA dune, ne pas s’imaginer le Sahara !) avec la pleine lune en guise d’éclairage. Bah laissons le parler.

Le dromadaire !

Dois-je vous parler de l’allure cavalière avec laquelle j’enfourchai ma bête ? quenini. Ce n’est pas parce que vous montez à cheval que vous pouvez cavaler aisément sur n’importe quel quadrupède, la chute est d’autant plus haute que l’animal l’est !

Dois-je vous décrire les bruits bizarres qui sont sa façon de s’exprimer ? un mélange entre la bête-singe de

la Guerre

des Etoiles et de l’enfant qui fait des bulles avec une paille dans son chocolat du matin !

Dois-je préciser que la chasse à courre à dos de dromadaire n’est pas pour demain ?

Maître soleil.

Pour certains un dieu, tel dans l’Egypte ancienne, pour d’autre un mentor, tel certain roi de France. Pour moi l’occasion de purs moments de contemplation :

-coucher de soleil à Bani, les mosquées se détachant dans le disque solaire rouge s’enfonçant à l’horizon, la lune prenant le relais pour guider nos pas.

-lever de soleil tout aussi rougeoyant sur la dune de Minodou, réchauffant nos corps engourdis après une nuit à

la Belle

Etoile

, hôtel à ciel ouvert à tous vents, non pas 4 étoiles mais des milliers d’étoiles au guide Michelin.

4ème étape : Ouga

Ses taxi verts, ses supérettes qui prennent des allures d’hypermarchés, son resto avec Steak à la carte, sa cathédrale style gothique flamboyant XXème siècle, mais aussi sa circulation , son tintamarre, ah qu’il est bon de retrouver son petit Ouahigouya !

Résolutions prises pour 2010 une fois retournée au quotidien, tout le monde en prend, moi aussi :

- faire chauffer mon eau et me doucher au seau plutôt qu’à l’eau froide...

- ne plus poser de question à mon plombier quand il vient stopper une fuite, du genre : « mais là, le carreau derrière, ce n’est pas inquiétant qu’il soit de cette couleur, le mur n’est-il pas gorgé d’eau ? » « oui, oui... Ce sont les pas du flexible qui sont gâtés... »

- pommader ma peau de crocodile au beurre de karité, pas celui que l’on trouve après transformation par nos pharmacies es cosmétologie, mais le 100% naturel du marché local.

- Mettre des photos en ligne?

10 janvier 2010

semaine de Noël

Il est né le Divin enfant.

Cette année le Sauveur est né en Afrique, les bergers sont noirs, les anges jouent du djembé, et tous nous l’adorons !

Je crois que jusqu’au moment d’enfiler mon pagne de Noël et de filer en mob à la messe de minuit, je n’ai pas réalisé que nous fêtions réellement la venue de celui que nous attendions avec tant de joie et d’impatience. Où sont les grands feux de cheminée, les marrons grillés, les écharpes et les gants, la tablée de cousins entourant leur grand-mère ? Petit serrement au cœur, vite balayé pas l’ambiance paisible d’ici.

Nombreux doux moments de convivialité. Avant la messe : un verre de rouge avec Naré et Pierre, une bavette avec mes voisins meuniers. Puis pendant la messe : une apothéose de chants lancés par la chorale mooréphone, de danses d’enfants devant l’autel, de pagnes colorés, de guirlandes clignotantes !

Le lendemain je suis invitée dans la famille de Séraphine, mais ce n’est pas dans la culture de passer un repas en famille, ici chacun passe, est servi, mange, boit, assis l’assiette sur les genoux, repart, c’est la tournée des amis. Chez Pierre on remet ça. Les Chrétiens invitent les Musulmans, comme nous l’avions été pour Tabaski. Les heures s’écoulent.

Matinée bricolage

Une matinée avec Yanis et Jociane, enfants de Pierre et Elisabeth, avec Brice et Anita, enfants de Séraphine et (prénom du mari ?) rien que pour eux : gommette, dessin, coloriage, découpage, des activités qui paraissent toute simples mais un simple crayon de couleur est magique pour eux. Et cerise sur le gâteau : Ratatouille en DVD sur l’ordi !! Vous savez ce petit rat cuistot de Paris, un avant goût pour ces enfants de

la France

qu’ils ne connaissent que de nom.  Yanis, 4 ans, pose questions sur questions : « et lui là qu’est ce qu’il fait ? » « quitte là » (=pousse toi) lui lancent les autres !

Au village de Zéna

Zéna, notre fée du logis, m’avait proposé de longue date de me faire visiter sa famille à quelques kms de Ouahigouya. Je saisis l’occasion des congés pour m’y rendre. Quelle équipée ! Zéna devant, moi sur le porte-bagage bien rembourré, heureusement car 45 kms c’est une sacrée distance, sa fille entre nous deux, un sac d’oignons dans les jambes. Très rapidement nous laissons le goudron pour nous enfoncer dans la brousse. Le chemin serpente entre les villages aux cases de banco carrées et aux greniers ronds aux toits de paille. Nous arrivons, quel accueil ! Je touche du doigt l’Afrique profonde si je peux dire : Pas d’eau courante, pas d’électricité, des aliments conservés dans de grands canaris avec de la cendre. Des enfants, la morve au nez, pieds nus, le visage poussiéreux ; des vieilles, la peau râpée, fripée, édentées ; mais que de sourires et de regards pétillants ! Les vieilles ne parlent que le mooré, seuls les enfant ont appris récemment le français à l’école. Tous me remercient de les honorer par ma visite, et nous repartons chargées de présents : arachides, poulets . Nous repartons enfin, la blanche, la noire, l’enfant qui s’endort et qu’il faut retenir de tomber, la volaille vivante accrochée au guidon.

20 décembre 2009

de fête en fête

« Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » (Luc 1, 45)

Réchauffement climatique et températures basses record ! -33° en Bavière, -24° en Russie, heureusement la semaine de grand froid sur Ouahigouya est passée, je n’ai de nouveau plus besoin de partir en pull le matin à l’école !

Revenons à l’actualité récente passée :

Le 11 décembre, depuis que je suis arrivée on me parlait de cette date !

C’est la fête nationale qui célèbre l’indépendance du 5 août 1960. Le 5 août fêté un 11 décembre ? Explication simple : août nous sommes en plein hivernage avec ses travaux des champs, la population est trop occupée et les routes trop détrempées. Il fallait trouver une autre date !

Cette année, cette fête est célébrée plus particulièrement à Ouahigouya en présence de tout le gotha politique du pays (la décentralisation en action, à quand en France ?)

Ouahigouya a mis les petits plats dans les grands :

-les échoppes ont été repeintes gracieusement aux couleur de Telmob et Zaïn, opérateurs de téléphonie : jaune et rose flashy, quelle pub !

- le tronc des arbres est peint en blanc jusqu’à mi hauteur, splatch la barrière de derrière profite allègrement des éclaboussures !

- fanions et éclairage de Noël sont suspendus (enlevés dès le lendemain, et pour Noël alors ?)

- la route qui mène à la résidence présidentielle d’une nuit a été goudronnée (pas plus loin)

- le chemin devant chez moi a été élargi, que dis-je c’est devenu une véritable autoroute où Jean pourrait venir poser son rafale ! Mais les arbres qui gênaient ont été arrachés, les frêles constructions démolies... et quelle poussière maintenant à chaque passage de véhicules ! Un arbre abattu, c’est une nuée de gamins qui emportent les branches, des femmes avec machettes s’attaquant aux plus grosses, des hommes s’acharnant sur le tronc à coup de hache. En moins d’une heure il ne reste plus qu’une pauvre dépouille qui ne pourra plus abriter de son ombre les animaux de passage...

Quelques inconvénients :

- une circulation impossible avec des milliers de personnes qui affluent. Jamais vu autant de voitures ici. Les élèves ont été priés de rester cher eux pendant toute la semaine.

- un sentiment d’insécurité chez les habitants malgré les mitraillettes de sortie, crainte de vol, viol ou autres...

Le défilé en lui-même :

Lever 5H30. Il s’agit d’être aux premières loges, non pas dans les tribunes, mais dans la foule, serrée contre les barrières... Sueur mêlée avec les heures qui passent... Ordre donner par la police de s’agenouiller dans la poussière pour que ceux de derrière voient...

Mais le spectacle en vaut la peine !

- D’abord revue des troupes par le président dans sa jeep drapée de rouge.

- Et ce ne sont pas seulement les militaires qui défilent mais également toute la société civile et leurs fonctionnaires: ministère de l’agriculture, de l’économie, de la justice, des transports (non ce n’est pas une grève, bien trop disciplinés pour cela !)

- Les écoliers également marchent au pas, droite-gauche, pas Saint Marius qui a été écarté... pas assez synchronisé ?

- La fanfare du Mali est fort appréciée, les Peace Corps (ONG américaine) font monter des murmures amusés de la foule. A 2 volontaires Fidesco nous avons décliné la proposition de nous joindre au cortège ;)

- Même Telmob et Zaïn sont du défilé ! Imaginez Orange, SFR, Bouygues Télécon sur les Champs Elysées !

- Les gendarmes passent à vive allure sur leur moto, qui sans les mains, qui allongé, qui debout... 

Le mariage de Casimir

Samedi 12 c’est le mariage d’un collègue. Quelle joie de partager ce mariage typique burkinabé ! Nous nous retrouvons tous à l’église Notre Dame de

la Délivrande

pour une messe haute en couleurs. Point fort, l’échange des consentements, nous pas dit mais chanté ! Puis amis et parents envahissent l’allée centrale et viennent chanter l’action de grâce en dansant autour des mariés ! Marie-Valentine et Cyril je vous propose de lancer le mouvement pour votre mariage !!!

Ensuite une centaine de convives se retrouvent dans la cour de la famille, des bancs sont alignés, chacun prend place en se serrant. On nous sert boisson et riz gras, sans verre ni couvert bien entendu. Vient le moment d’apporter ses cadeaux en file indienne. Et hop une heure plus tard les gens repartent progressivement. Simple, économique, convivial !.... Ca en inspire certains ?

La visite à un nouveau né

La coutume est d’apporter aux parents d’un nouveau né du savon.

Toujours en équipe mariusienne nous nous dirigeons donc chez Nina, anciennement madame calebasse, non pas pour adorer mais admirer le petit Albert. Et toujours ces fameux discours : merci pour votre « franche collaboration » nous lance le père, expression bizarrement choisie !

Les blancs

Les riches blancs blancs. Riches et généreux de faire construire bloc opératoire ou école pour sourd-muet ; mais riches et alcoolisés en soirée...

La blanche-blanche qui me gâche ma soirée. Pour la « nuit du meilleur lecteur » à la bibliothèque de quartier, une nassarra qui vraiment se croit tout permis, on ne voit et entend qu’elle. Qui plus est se jetant des fleurs au micro: « j’apporte du matériel », et l’humilité ? Et y allant de son discours sur la conférence de Copenhague, quel est le rapport avec une soirée concours de lecture ?

Grève

Si si vous avez bien lu, serait-ce le RER A qui ferait des émules ? Non c’est un peu plus justifié, un peu plus historique. Rappel du contexte : le 13 décembre 1998 est assassiné le journaliste Norbert Zongo, du journal l’Indépendant, dans des circonstances encore aujourd’hui non élucidées. Peut-être écrivait-il certains articles quelque peu dérangeants ?... Toujours est-il que chaque année c’est le bazar à cette période, surtout dans les collèges, lycées, facs. Quelques uns entraînent les autres à ne pas faire cours (cela ne vous rappelle-t-il rien ?) Et ils viennent jusque dans les cours d’école primaire. Devant la « pression » nous « libérons » nos petits bambins... (libérer ? Ce n’est tout de même pas la prison !). Je rentre donc à la maison. Et je trouve devant mon portail.... un dromadaire, wahou jamais vu auparavant une telle bête en chair et en os !

Préparatifs de Noël

Qu’est-ce qui trône dans chaque salon durant tout l’Avent ? un sapin ? non une crèche !

A Ouahigouya on fait avec les moyens du bord :

- Aperçu, un vendeur de sapins en plastique sur le marché...

- Bâtie, la crèche. Non pas dans la maison mais devant le mur de la cour de Séraphine. Et c’est  un véritable chantier. D’abord Brice a moulé les briques de terre avec une vieille boite de sardines. Ensuite préparation du mortier, en l’occurrence de la terre et de l’eau mélangées et foulées des pieds. Les patouilles de Mimi Cracra à côté sont de la rigolade. Ensuite traçage des plans au sol. Puis on monte les murs. Quelle construction ! Et les personnages demandais-je ? Facile on les peint sur le mur derrière...

- J’ai récupéré mon déguisement, je veux dire mon pagne de Noël. C’est vraiment pour me mettre au diapason que j’ai voulu passer par la case tailleur, mais je ne ressemble à rien dedans ! Je ne sais pas si je le mettrai à un autre moment qu’à la messe de Noël.

Sur ce, je vous souhaite en avance un joyeux Noël.

Louange à toi ô Christ, berger de ton Eglise, joyeuse et vraie lumière tu nous donnes la vie !

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Ouahigouya
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